La baisse des marchés chinois lundi 24 aout et aujourd’hui mardi 25 a été causé par deux principaux facteurs : d’une part, la réaction des investisseurs aux perspectives moroses de croissance en Chine. D’autre part, les investisseurs attendaient une intervention du gouvernement avant l’ouverture des marchés lundi. Cette intervention ne s’étant pas matérialisée, les investisseurs ont ajusté leurs positions.

Mais finalement, l’intervention a eu lieu. Deux jours trop tard, soit 15.5% de baisse pour le Shanghai Stock Exchange Composite Index, ce qui correspond à une baisse annualisée de -99.99999999045%. Une évolution extraordinaire qui ressemble de très près aux autres krachs boursiers que les marchés financiers ont pu connaître en 1929, mais aussi plus récemment en 1997 (crise asiatique), en 2000 (bulle internet), ou encore en 2007-2009 (crise des subprimes) et dans une moindre mesure en 2011.

L’intervention du gouvernement chinois prend la forme suivante : le taux d’intérêt directeur, qui est des facteurs déterminants de la quantité de prêts qui sont accordés par les banques, a été abaissé de 0.25 points de pourcentage. En outre, le ratio de réserve obligatoire des banques a également été diminué, de 0.5 points de pourcentage. Cela va permettre de libérer une quantité énorme de fonds qui étaient auparavant « bloqués » par les banques qui les conservaient comme collatéraux pour les prêts accordés.

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Un timing étrange, une stratégie discutable

Le plus étonnant dans cette intervention de la Banque Centrale chinoise est le moment auquel elle intervient. La Banque Populaire de Chine a en effet attendu deux jours de chute incroyables pour agir. Plusieurs questions se posent donc : Le gouvernement avait-il prévu de ne pas intervenir, mais, inquiété par la débâcle sur les marchés, a-t-il fait volte-face ? Le gouvernement avait-il prévu de laisser baisser le marché, pour éviter de le maintenir ou de le renflouer à un niveau encore moins soutenable que là où il se trouve aujourd’hui ?

Outre ces questions, qui laissent le doute quant aux intentions exactes et à la stratégie que compte suivre le gouvernement chinois, nous pouvons noter un autre aspect qui pourrait être lourd de conséquences. En politique monétaire, les signaux sont presque plus important que les mesures elles-mêmes. Ainsi, envoyer un message fort de soutien au marché, mais ne le soutenir que partiellement aura bien plus d’effet que de faire l’inverse. Le gouvernement chinois, en ne communiquant pas clairement, et en multipliant les interventions, sans succès, n’optimise donc pas ses investissements, qui ne produisent pas autant d’impact qu’ils le pourraient. Le graphique ci-dessous montre clairement la multiplication des interventions depuis novembre 2014, après plusieurs années de stabilité.

PBOCrate

En outre, le Parti Communiste chinois semble trop déterminé à défendre l’indéfendable. D’après les calculs de Nomura, une banque d’investissement japonaise, et les chiffres du Financial Times, le gouvernement chinois a déjà dépensé 200 milliards de dollars pour défendre le Yuan et limiter sa dépréciation au cours des deux dernières semaines. Les traders chinois agissant pour le compte de la Banque centrale lancent ainsi depuis deux semaines des ordres massifs d’achat de Yuan contre des dollars en fin de séance, non seulement en Chine, mais aussi à Hong Kong et à Londres.

Défendre une monnaie contre les marchés financiers ne produit pas toujours les résultats escomptés, comme l’a appris à ses dépends le Royaume-Unis face à Georges Soros en 1992. Empêcher une bulle boursière d’éclater, ou pire essayer de la regonfler, est également une stratégie désespérée, comme nous l'avais prouvé Taiwan en 1990. Les dirigeants chinois semblent faire preuve de trop d’égo et d’entêtement. Leur priorité devrait être la relance de l’économie chinoise, et non les marchés financiers ni la politique monétaire, qui ne contribue que marginalement à la compétitivité de l’Empire du milieu.

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