On ne présente plus Iliad : la maison-mère de free, créée par Xavier Niel qui en est toujours l’actionnaire principal, connait une croissance fulgurante, et un succès incontestable dans toutes ses entreprises. Mais cette fois, tout ne s’est pas déroulé comme prévu.

Iliad a en effet tenté d’acquérir le quatrième opérateur américain T-mobile, qui est détenu en majorité par Deutsche Telecom. Iliad était prêt à mettre 15 milliards de dollars sur la table pour acquérir 57% du capital de T-mobile grâce à l’aide de grandes banques (BNP et HSBC notamment) et à une augmentation de ses fonds propres.

 

Pourquoi Iliad souhaitait acquérir T-mobile ?

La réponse est assez simple : Xavier Niel est un casseur de rentes dans l’âme : il suffit de voir sa stratégie de prix sur les secteurs internet et mobile pour s’en convaincre. Or les prix sont démesurément élevés aux Etats-Unis dans ces secteurs, et T-mobile avait déjà entamé depuis juin 2013 une stratégie de prix agressive ainsi qu’une diminution des obligations d’engagement. Cela s’était toutefois traduit par une perte nette en 2013.

Deutsche Telecom, sceptique sur la rentabilité de sa filiale outre-Atlantique, souhaitait s’en séparer. Cela n’était pas une mince affaire, car le marché mobile aux Etats-Unis est extrêmement concentré : seuls 4 géants (dont T-mobile) se partagent le marché. AT&T avait fait une offre à Deutsche Télécom et s’était fait recaler par l’autorité par la FCC, l’autorité de régulation des Télécoms. Sprint, troisième opérateur et filiale du japonais Softbank, s’était également porté candidat. Mais les risques que la transaction soit annulée par les autorités américaines de la concurrence étaient trop importants, et Softbank s’est retiré début Aout.

Dès lors, on s’attendait à ce qu’Iliad améliore sensiblement son offre conformément aux vœux de Deutsche Telecom, et que ce dernier consente à l’acquisition, permettant ainsi à Iliad de se développer aux Etats-Unis. Cependant, le 13 octobre, Iliad publie un communiqué de presse suite au rejet de sa seconde offre par le conseil d’administration de T-Mobile, expliquant que le groupe met fin à ses velléités transatlantiques. Pour motiver son refus, Deutsche Telecom a notamment souligné l’amélioration significative des résultats de T-mobile au premier semestre.

Tout irait bien si l’affaire n’avait pas coûté à Iliad une baisse du cours de son action sur le CAC de près de 20% entre l’annonce des négociations avec T-Mobile et leur abandon. Cette évolution très claire, à savoir une chute des cours lorsqu’Iliad a présenté une nouvelle possibilité d’expansion, et une remonté du prix de l’action Iliad lorsque cette perspective est abandonnée, est assez contre-intuitive.  Est-ce là l’œuvre des géants des télécom américains, craignant une baisse de leurs marges ?

iliad cours

Il est certain que AT&T et Verizon n’ont aucune envie de mener une guerre des prix et de voir leur profit colossal fondre. Mais cela n’est pas la principale raison qui explique le manque de confiance des actionnaires vis-à-vis de la stratégie de Xavier Niel.

En effet, les investisseurs sont toujours très vigilants à plusieurs indicateurs de rentabilité, de liquidité et de solvabilité. En s’endettant à hauteur de 10 milliards d’euros, et en augmentant son capital de 2 milliards d’euros afin d’aligner les 15 milliards de dollars (environ 12 milliards d’euros), Iliad aurait tout simplement explosé ces indicateurs. Si le groupe a aujourd’hui sans aucun doute une capacité à s’endetter, avec un gearing de 0.5 (capacité à lever plus de dette, doit être inférieur à 1) et un leverage de 0.8 (capacité à rembourser les dettes financières, doit être inférieur à 3.5) au 31 décembre 2013, l’emprunt de 10 milliards d’euros signifierait une multiplication de la dette de la société par 10, un chiffre non soutenable selon les actionnaires, qui ont alors sanctionné la prise de risque. Réciproquement, lorsque Iliad a renoncé à son projet d’acquisition de T-mobile, le cours de l’action a enregistré une ferme hausse.

Il faut noter que T-Mobile est une société bien plus grande que Iliad, ce qui explique aussi l’échec de l’opération : le piranha n’aura pas réussi à avaler la baleine.

 

Cet article a été rédigé pour Cowcotland et peut être retrouvé à l’adresse suivante : http://www.cowcotland.com/news/44423/rachat-iiliad-t-mobile-avorte-bourse-cac40.html

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