Bien qu'en retard par rapport aux Etats-Unis, l'Europe et l'Asie sont également en voie de développer un marché de la legaltech d'une importance non négligeable. Dans des pays à la législation complexe, les entrepreneurs saisissent la loi et les barrières qu'elle impose aux entreprises comme une opportunité économique. Tour d'horizon d'un secteur en expansion. 

Après son émergence et implantation aux Etats-Unis, la tendance de la legaltech apparaît également en Europe depuis maintenant plusieurs années, et particulièrement en France, où le marché de l'automatisation juridique connaît un taux de croissance spectaculaire, frôlant les 20% par an. Les acteurs sont désormais de plus en plus nombreux à fournir des services permettant d’externaliser certaines fonctions juridiques de l’entreprise. La tendance est donc à un resserrement de la profession d’avocat autour d’un noyau dur à forte valeur ajoutée, tandis que la legaltech conquiert progressivement des parts plus larges de la vie juridique des entreprises, rongeant la base de valeur ajoutée des métiers du droit.

Malgré cela, le marché européen de la legaltech est nettement moins avancé qu’aux États-Unis : en 2013, alors que l’on pouvait déjà dénombrer plusieurs centaines d’acteurs de l’autre côté de l’Atlantique, un pays comme l’Allemagne n’en comptait qu’une dizaine. La France et la Belgique se distinguent quelque peu désormais de leurs voisins européens par le nombre croissant de services d’automatisation juridique prenant leur envol.

En effet, si la legaltech est née aux États-Unis au début du siècle, elle a pris un essor tout particulier en France, où la législation est réputée pour sa complexité. Les entrepreneurs ont saisi cette complexité juridique comme une opportunité, en fondant leur business model sur l’imbroglio législatif présent dans de nombreux domaines.

Guacamol, startup créée en 2015, travaille dans ce sens. La boîte propose un service d’immatriculation d’entreprise, et développe une série d’outils de gestion juridique pour les startups et autres compagnies. La solution est intégrée et permet une externalisation complète de tâches administratives et juridiques ingrates, laissant plus de temps à l’entrepreneur pour se concentrer sur son coeur de métier.

LeBonBail, autre startup née en 2015, permet de générer automatiquement un contrat de bail en conformité avec les ramifications de la loi Alur du 24 mars 2014. Le service rend accessible une rédaction en conformité avec une législation quasiment inaccessible au particulier et même la plupart des professionnels de l’immobilier. La startup fait d’une complexité législative une opportunité de création de richesse. Également présente sur le marché belge, l’entreprise permet au propriétaire bailleur de ne plus se soucier des difficultés engendrées par la régionalisation juridique propre à la Belgique.

On pourrait dénombrer bien d’autres acteurs de la legaltech française. Doctrine.fr est une forme de Google du droit lancée il y a peu et basée sur le big data, qui permet d’effectuer des recherches juridiques précises en quelques secondes. D’ici peu, on n’y trouvera pas seulement indexées toute la législation et jurisprudence françaises : EUR-Lex est également sur liste d’attente. La Belgique ne disposant pas d’un outil de recherche juridique aussi bien fait que Légifrance, des entrepreneurs se sont attelé à la tâche de créer une base de données juridique à l’échelle du pays : Lex.be.

Pour tous ces services juridiques, le marketing est simple et clair : l’entrepreneur ou le particulier y ayant recours n’a plus à se soucier du processus derrière le service. La tarification est fixe, le pack juridique indique un prix déterminé qui ne variera pas en fonction du nombre d’heures de travail d’un quelconque personnel qualifié. En effet, c’est l’automatisation qui permet ces formules attractives. D’autres services analogues facilitant la gestion comptable et fiscale de l’entreprise se sont développés, tels que PayFit ou Fred de la Compta. La dimension paralégale s’apprête à disparaître des entreprises. Ce type de service, déjà solidement ancré aux Etats-Unis, fait également ses débuts en Asie. On peut prendre comme exemple l’entreprise indienne VakilSearch, qui s’apparente cependant plus à une plate-forme permettant l’externalisation de ces services paralégaux grâce à la mise en relation avec des tiers qu’à un logiciel de gestion à proprement parler.

Des startups comme Captain Contrat, en France, et Lawbox, en Belgique, permettent aux entreprises de générer des contrats divers et personnalisés à partir de formulaires intelligents et rapides. Ces acteurs suivent le modèle des pionniers américains à l’origine de la legaltech comme Rocket Lawyer. Cette capacité à développer des contrats intelligents, sur mesure, adaptés à la législation et basés sur un questionnaire intelligent et dynamique se démocratise. Il s’agit également d’un marché en pleine mondialisation. En effet, l’entreprise Dragon Law, basée à Hong Kong, est dans la lignée de ces services et prouve le potentiel à l’exportation de ces solutions. Dragon Law étend en effet son activité à Singapour depuis l’été 2015, ce qui laisse présager une forte appétence du marché asiatique pour ce type de services, en particulier au sein des grandes mégalopoles. Dragon Law est en compétition directe avec LawCanvas, un autre service de génération de documents juridiques né à Singapour, qui est parvenu à élargir son marché à la Malaisie, à l’Australie ainsi qu’à Hong Kong. Dragon Law et LawCanvas ont donc déjà commencé à se disputer les territoires les plus prometteurs du futur marché asiatique, qui commence seulement à se développer.

L’Asie présente des opportunités importantes pour les futurs acteurs de la legaltech, mais également des défis multiples et difficiles à relever. Un pays comme le Japon est caractérisé par un fort cloisonnement des données juridiques au sein des entreprises et un accès difficile aux documents : les legaltechs basant leur valeur ajoutée sur des services recourant au big data et à l’analyse des données se retrouveraient confrontées à des défis de développement majeurs sur ce marché. Selon Tim Hwang, CEO de FiscalNote, startup américaine de suivi en continu de l’évolution de la législation internationale basée à Washington D.C., les marchés chinois et japonais sont encore trop isolés pour permettre un vrai développement à court terme de la legaltech, et le continent asiatique dans son ensemble ne possède pas encore de culture solidement ancrée de mise en ligne de l’information juridique pouvant permettre la floraison de pareils services. FiscalNote s’intéresse cependant fortement au potentiel asiatique, et a fait l’acquisition de l’application sud-coréenne MyCandidates afin de mettre un pied à terre en Asie. En Chine, une entreprise comme Zhiguoguo, spécialisée en propriété intellectuelle est également parvenue à se tailler une part de marché en bénéficiant des spécificités d’un marché de niche.

Malgré leur positionnement dans des niches juridiques, toutes ces startups représentent une réelle menace disruptive pour les métiers classiques du droit. Il devient de plus en plus clair que le paralégal est une fonction du secteur juridique pouvant être gérée en externe, et à moindres coûts. Mais certains services dépassent ce premier stade d’automatisation juridique pour investir des fonctions relevant du coeur de métier des professions du secteur.

 

Source : ParisTech Review

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