Depuis environ trois semaines, les bourses chinoises sont en très forte baisse. Le ChiNext, cet indice boursier qui suit l’évolution de la valeur boursière de start-ups chinoises, en est l’exemple le plus criant : sa valeur s’est effondrée de plus de 40% depuis mi-juin. Le gouvernement chinois essaye d’empêcher la descente brutale de ses marchés boursiers, mais le pire pourrait encore être à venir.

Que se passe-t-il ?

Même si la Chine est un pays qui se revendique communiste, ses entreprises ont besoin de financements, en particulier les start-ups et PME qui connaissent dans l’Empire du milieu une croissance extrêmement rapide à l’image de Xiaomi, qui est devenu en seulement quelques années un poids lourd du secteur des smartphones.

Par conséquent, il existe plusieurs bourses en Chine, notamment à Shanghai, la plus importante, et à Shenzhen. La plupart des petites et moyennes entreprises et start-up choisissent Shenzhen pour lever des fonds.

Ces marchés financiers accueillent donc de nombreuses entreprises très prometteuses, que ce soit de par les technologies qu’elles laissent entrevoir, ou tout simplement de par l’immensité du nombre de consommateurs potentiels se trouvant en Chine. Sur ces promesses, et d’autres éléments qui nous verrons plus bas, les marchés ont connu une croissance très soutenue : en 2014, la bourse de Shenzhen a vu sa capitalisation boursière (la valeur totale des titres qui y sont échangés) multipliée par 3. Entre janvier et juin 2015, la bourse de Shanghai a vu sa valeur augmenter de 60%.

Mais depuis juin, rien ne va plus. La diminution du prix des actions a déjà effacé en quelques semaines l’équivalent de plus de 2,500 milliards d’euros de capitalisation boursière, un chiffre supérieur au PIB annuel français.

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Le graphique précédent montre l’évolution du CSI 300, un indice boursier qui suis les cours de 300 PME cotées sur les bourses de Shanghai et Shenzhen, ajusté par rapport au S&P 500, un large indice américain, afin d’effacer les chocs internationaux (notamment un potentiel effet grec)

D’où vient la bulle ?

Il y a plusieurs éléments qui ont provoqué l’apparition de la bulle spéculative sur les marchés financiers chinois, notamment de Shanghai et de Shenzhen. Le plus important est probablement l’effort du gouvernement chinois de booster à tout prix la croissance de l’Empire du milieu. Ce n’est un secret pour personne, la croissance s’essouffle en Chine depuis plusieurs années, et pour contrecarrer ce mouvement, le gouvernement a baissé petit à petit les taux d’intérêt, permettant aux entreprises d’emprunter plus facilement, mais fournissant également par la même occasion de l’argent bon marché aux investisseurs, qui ont investi cet argent en bourse.

Un autre élément ayant provoqué l’émergence de cette bulle vient de la structure même des marchés financiers chinois, et en particulier des acteurs qui y sont présents : 40% des titres sont détenus par des petits porteurs, principalement issus des classes moyennes. Ces derniers n’ont pour la plupart pas suivi d’études supérieures (60% n’ont pas l’équivalent du bac), et jouent en bourse en se fiant à leur instinct plutôt qu’à des données économiques. Ces dernières sont effectivement difficilement compréhensibles par des petits boursicoteurs de par leur complexité et le jargon utilisé.

Ces derniers mois, toujours dans l’espoir de limiter la chute de la croissance du PIB, le gouvernement a pris des mesures pour favoriser l’investissement des entreprises, en essayant de leur garantir un meilleur accès aux marchés financiers pour financer leurs projets.

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La première mesure phare a été de supprimer les limites du nombre de comptes que chaque personne peut ouvrir chez un courtier. Par conséquent, le nombre d’ouvertures de comptes destinés à acheter des titres financiers ont explosé : 8 millions de comptes ont été ouverts au premier trimestre 2015, mais à partir de mai 2015, ce sont près de 4 millions d’ouvertures hebdomadaires qui ont été recensées. Cela a provoqué un afflux titanesque de monnaie vers les marchés financiers. La quantité de titres disponibles étant restée à peu près identique, leur prix a augmenté exponentiellement.

Une deuxième mesure majeure mise en place dernièrement a été la baisse du ratio de réserve imposé aux banques. Ce ratio correspond à la quantité de monnaie dont une banque doit disposer pour pouvoir prêter de l’argent. Par exemple, un ratio de 10% signifie qu’une banque qui dispose d’un dépôt de 10 € peut prêter 100 €. Ce ratio est passé de 19.5% à 18.5%. Cette diminution a libéré la somme colossale de 191 milliards d’euros, que les banques n’avaient plus besoin de conserver en tant que réserves. Un afflux supplémentaire qui est à alimenter la bulle.

L’un des résultats de ces mesures prises par le gouvernement chinois a été de créer une distorsion entre l’évolution des cours boursiers et l’évolution de l’économie « réelle », comme le montre clairement le graphique suivant : sur les derniers mois, la corrélation entre croissance et cours boursier disparait, les marchés financiers explosant, alors que les fondamentaux économiques restent stables.

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En outre, un lien entre la bourse Hongkongaise (Hong Kong Stock Exchange) et la bourse de Shanghai (Shanghai Stock Exchange) a été inauguré en fin d’année dernière, permettant à 1.7 milliard d’euros d’être investis chaque jour sur la bourse de Shanghai. Le « stock connect » a ainsi à nouveau engendré une augmentation des liquidités disponibles en Chine. Notons d’ailleurs que les investisseurs chinois, en particulier les petits porteurs, ne peuvent pas investir librement dans des entreprises étrangères, ce qui renforce encore une fois la pression sur les titres nationaux, alors que l’excédent de monnaie aurait pu être investi à l’étranger et ainsi éviter à la bulle de prendre trop d’importance.

Les mesures d’urgence

Le gouvernement chinois essaye de limiter l’ampleur de l’éclatement de la bulle. Le week-end dernier, il a annoncé que les prochaines introductions en bourses seraient suspendues jusqu’à nouvel ordre, afin de restaurer un semblant de stabilité. Il a aussi été décidé de créer un fonds d’investissement regroupant de nombreux gros acteurs du secteur dans le but d’acheter massivement les titres disponibles, et ainsi par le jeu de l’offre et de la demande pousser à nouveau les prix vers le haut.

Cette mesure n’est pas sans rappeler les tentatives du gouvernement américain en 1929 lors du grand krach boursier, et qui a laissé dans les mémoires le fameux « jeudi noir ». En effet, le 29 octobre 1929, les banquiers américains se sont réunis afin de soutenir les marchés boursiers. Leur intervention avait eu temporairement un effet relativement positif, mais n’avait pas empêché la poursuite de la chute des cours boursiers les jours suivants.

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La même chose se produit en ce moment même en Chine : à l’ouverture lundi 30, les marchés de Shenzhen et de Shanghai ont ouvert dans le vert, mais en milieu de journée l’effet était déjà estompé et la baisse se poursuivait.

Une reprise sous pression

A partir de jeudi 9, les marchés de Shanghai et Shenzhen ont réussi à stopper leur chute en reprenant 11% sur deux jours. Ce mouvement a fait suite à de nouvelles mesures d'urgence prises par le gouvernement chinois, notamment l'interdiction de vente à découvert (shortselling en anglais) assortie du lancement d'enquête sur de prétendus traders "malveillants", ainsi que l'interdiction pure et simple de vendre des actions si l'on possède plus de 5% des parts d'une entreprise, et ce pendant les 6 prochains mois.

Ces mesures sont une entrave brutale aux lois du marché, dans la mesure où le gouvernement essaye de protéger des titres largement surévalués pour des raisons politiques et non économiques : le gouvernement a essayé de compenser sa perte de prestige liée à la baisse de la croissance par la hausse des marchés financiers, et il essaye aujourd'hui de se sauver la face en forçant la main aux investisseurs. En outre, 1400 entreprises, soit la moitié des entreprises cotées, avaient suspendu la cotation de leurs actions depuis lundi 6 et mardi 7, et 400 d'entre elle avaient maintenu cette suspension lundi 13 : il est donc clair que la reprise des marchés boursiers chinois est artificielle, puisque les éléments les plus fragiles ne sont plus côtés. D'après les données de la bourse hongkongaise, plus de 6 milliards de dollars ont été sortis de chine par des investisseurs étrangers via le Stock Connect depuis début Juillet, encore un signe que la confiance des investisseurs envers les marchés chinois s'émiette.

Conséquence collatérale de la gestion de la crise boursière par le gouvernement, la monnaie nationale, le Renminbi, risque de ne pas pouvoir intégrer le panier de monnaies qui composent les droits de tirages spéciaux ou DTS, et qui auraient permis de donner une légitimité et un poids plus élevé au Renminbi dans les transactions internationales et dans les réserves des institutions nationales à travers le monde. En effet, les monnaies constituant les DTS doivent répondre à certains critères, et notamment être des monnaies flottantes. Les efforts du gouvernement chinois pour contrôler ses marchés financiers démontrent que la monnaie chinoise n'est pas non plus prête de s'approcher de ce critère.

 

L'article original a été rédigé pour Cowcotland sous le titre "Cowcot Entreprises : La bulle chinoise", et peut être retrouvé à l’adresse suivante : http://www.cowcotland.com/news/48579/cowcot-entreprises-bulle-chinoise.html

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