Le Wall Street Journal [1] a annoncé mercredi dernier que Yahoo allait se retirer de l’empire du milieu, licenciant entre 200 et 300 employés, et fermant son centre de recherché situé à Beijing. Ce mouvement stratégique a été en grande partie provoqué par l’insistance d’un actionnaire, Starboard Value, qui souhaite entre autres diminuer les coûts de Yahoo, et désengager l’entreprise de l’Asie. Cela nous donne donc une très bonne occasion de nous pencher sur une catégorie particulière des actionnaires : les actionnaires activistes.

YahooStarboard

 

Qu’est-ce qu’un actionnaire activiste ?

Ils étaient appelés des « corporate raiders » il y a quelques années, mais préfèrent aujourd’hui le terme d’actionnaires activistes (ou « activist shareholders » en anglais). Les plus connus sont Third Point, Carl Icahn, Starboard Value ou encore ValueAct. Ces fonds d’investissement ont une stratégie bien précise : acquérir une petite part du capital d’une entreprise (parfois moins d’un 1%, comme dans le cas de Starboard Value avec Yahoo), et pousser l’entreprise à se restructurer ou à changer de stratégie.

Ces fonds d’investissements cherchent donc en clair des entreprises sous-évaluées à cause d’une gestion défaillante qui atténue leur potentiel. Ils gardent les actions de l’entreprise en question durant plusieurs années, et sont donc intéressés par une amélioration des résultats de leur cible sur une période relativement longue.

Comment agit l’activiste ?

Les actionnaires activistes ne possèdent pas la majorité des droits de vote dans l’entreprise, et ne peuvent donc pas imposer des changements. Ils ont cependant la capacité de faire pression sur les dirigeants des entreprises : ils sont en effet assez reconnus, et les autres actionnaires minoritaires ont de bonnes chances d’adhérer à leurs idées. Cela permet à nos activistes d’avoir un impact beaucoup plus grand sur le management d’une entreprise que ce que leur droits de votes ne devraient leur permettre.

Les activistes, étant des fonds d’investissements, recherchent clairement le profit. Mais pas au détriment de l’avenir de l’entreprise : dans près de 80% des cas, les dépenses de recherche et développement de la société qu’ils approchent augmentent. Dans près de 70% des cas, les dépenses en investissement augmentent, et dans la moitié des cas, l’entreprise assainit sa structure financière en réduisant ses dettes [2].

Starboard Value et Yahoo

Jeff Smith, le PDG de Starboard Value, a donc investi dans Yahoo car il estime que la stratégie de l’entreprise n’est pas optimale, et qu’une meilleure gestion de sa trésorerie et de ses actifs pourrait augmenter son potentiel. Ainsi, Starboard a beaucoup insisté pour que Yahoo se sépare de ses actions d’Alibaba et les rende aux investisseurs de Yahoo. Yahoo a en effet investit dans Alibaba dès 2005, et détient pour plus de 30 milliards de dollars d’actions du géant chinois introduit en bourse l’année dernière.

jeffsmith

Starboard fait valoir que lorsqu’un investisseur veut acheter une part de Yahoo, il ne souhaite pas acheter des parts d’Alibaba. Et que s’il désire se pencher sur la seconde option, il peut le faire sans passer par Yahoo. La société va donc créer une entreprise côtée en bourse, SpinCo, qui gèrera un portefeuille d'actions contenant la part de Yahoo dans Alibaba. Les actions de SpinCo seront distribuées aux actionnaires de Yahoo, leur permettant de (presque) récupérer les précieuses actions Alibaba, tout en évitant de payer un montant titanesque d'impôts. En effet, si Yahoo venait à vendre ou à distribuer directement ses actions Alibaba à ses actionnaires, le montant des taxes dont il faudrait s'acquitter approcherait un tiers de la somme totale.

Starboard Value a d'autres chevaux de bataille: l'activiste souhaite que Yahoo réduise significativement le nombre d’acquisitions réalisées pour se recentrer sur son cœur de métier. Starboard veut également que Yahoo diminue significativement ses dépenses, et se désengage du Japon et de la Chine. C’est donc vraisemblablement pour cette raison que Yahoo envisagerait de se retirer de l’empire du milieu.

Si les actionnaires activistes sont un élément positif du système actionnarial, dans la mesure où ils bousculent les habitudes des dirigeants, et les incitent à saisir des opportunités ou à prendre des décisions stratégiques fortes, ils n’en sont pas pour autant infaillible. Dans le cas de Starboard Value et Yahoo, il semble étonnant que l’activiste souhaite que Yahoo cesse d’acquérir de nouvelles start-ups. Le secteur des nouvelles technologies évolue par essence à une vitesse phénoménale, ce qui rend l’acquisition de start-ups très intéressantes : elles apportent de nouvelles idées et de nouveaux produits à l’entreprise. Ralentir le rythme des acquisitions augmente le risque de voir Yahoo se faire distancer encore plus nettement par ses concurrents.

[1] "Yahoo Pulls the plug on remaining operations in China", Wall Street Journal
[2] "An Investor Calls", The Economist

Cet article a été rédigé pour Cowcotland et peut être retrouvé à l’adresse suivante : http://www.cowcotland.com/news/46848/cowcot-entreprises-yahoo-contre-activistes.html

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