Microsoft a annoncé mercredi dernier que l’entreprise allait reconnaitre une perte de 7,6 milliards de dollars, correspondant à une perte de la valeur estimée de sa division NDS, principalement constituée de la branche smartphones et tablettes rachetée à Nokia.

Retour sur le rachat de Nokia

Microsoft a racheté à Nokia sa division « devices », qui était à l’origine des smartphones Lumia. Cette acquisition était très stratégique, Nokia étant un des rares fabricants de smartphones à avoir adopté le système d’exploitation de Microsoft, Windows Phone.

Mais à l’instar de Google avec Motorola, l’entreprise plutôt concentrée sur le software a eu du mal à prospérer dans une activité plus industrielle. Les ventes se sont avérées être décevantes, les synergies n’ont pas non plus été au rendez-vous, alors que le prix payé pour l’acquisition, environ 9,4 milliards de dollars, semble rétrospectivement bien trop élevé.

Il faut noter que la tendance est aujourd’hui plus à la séparation des divisions chargées du hardware et du software : l’annonce récente de Jolla de se scinder en deux l'atteste bien. Dans un domaine aussi technique et complexe que la fabrication de smartphones, il est en effet plus rentable de se spécialiser sur un segment particulier plutôt que de tenter de contrôler l’ensemble de la chaine de production.

Microsoft « perd » donc 7,6 milliards de dollars ?

Pour refléter la situation de sa division chargée de la fabrication des smartphones Lumia, Microsoft a donc décidé d’en diminuer la valeur comptable : alors qu’elle avait été acquise pour près de 9,4 milliards de dollars, sa valeur dans les comptes de l’entreprise va perdre 7,6 milliards de dollars, soit 80% de sa valeur.

Cette diminution de la valeur va être reflétée sur le « Goodwill » de l’entreprise : le goodwill correspond à la valeur payée lors d’une acquisition en sus de la valeur comptable de la cible de l’acquisition : par exemple, si une entreprise acquiert une filiale pour 100 euros alors que cette dernière ne vaut intrinsèquement que 50 euros (par exemple elle ne possède qu’une jolie chaise Ikea qui vaut 50 € et rien d’autre), alors l’acquéreur comptabilisera 50 euros de « goodwill ».

Ainsi, Microsoft ne va accuser qu’une perte purement comptable, correspondant à une diminution de la valeur intrinsèque de l’entreprise, mais pas à une baisse des revenus ni de l’argent que gagne la firme de Redmond.

microsoftredmond

Une dévaluation calculée

Cette dépréciation de la valeur comptable de la division Smartphones et tablettes de Microsoft n’est donc pas très douloureuse pour l’entreprise, et on peut même voir une stratégie - à peine dissimulée - derrière cette opération.

En effet, la dépréciation intervient juste avant le lancement de Windows 10. Inutile de dire que Microsoft va voir son résultat annuel baisser, juste avant l’arrivée du nouveau système d’exploitation qui permettra à l’entreprise d’exhiber une hausse « fabuleuse » de son profit l’année suivante.

Il ne s’agit pas pour autant de contester la nécessité de reconnaitre que la division smartphones de l’entreprise a perdu de la valeur, mais le timing est clairement opportun. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que Microsoft utilise cette technique : en 2012, quelques mois avant le lancement de Windows 8, Microsoft avait également dévalué la valeur de sa division OSD (Online Services Division), principalement composée de Bing et MSN. Une dévaluation de 6,2 milliards de dollars encore une fois justifiée, mais intervenant à un moment très commode pour l’entreprise.

 

Cet article a également été publié sur le site Cowcotland sous le titre « Cowcot Entreprises : Microsoft, ça se passe mal avec les smartphones », et peut être retrouvé à l’adresse suivante : http://www.cowcotland.com/news/48615/cowcot-entreprises-microsoft-ca-mal-smartphones.html

 

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