Mercredi 27 mai, Kickstarter ouvrira officiellement ses portes en France. Il sera alors possible aux résidents français de proposer des projets ou d’en financer sur la plateforme de crowdfunding bien connue. Cela nous donne l’occasion de faire le point sur le crowdfunding et sur les perspectives qu’il offre.

Qu’est-ce que le crowdfunding ?

On parle en français de « financement participatif », et le nom est assez explicite : c’est un mode de financement alternatif qui propose à des citoyens de soutenir financièrement des projets. On peut distinguer deux grandes familles de financement participatif : certains prennent la forme de dons, et d’autre la forme de prêts.

Le financement participatif sous forme de don est la forme la plus connue : des plateformes telles que Kickstarter, Indiegogo, Ulule et beaucoup d’autres encore proposent ce modèle. Généralement, il est utilisé pour financer des projets liés au divertissement, au jeu vidéo, au cinéma, à la musique, même s’il peut aussi financer des projets d’un tout autre ordre : Bulb in Town propose par exemple de financer des entreprises ou des associations ayant des projets de proximité. Enfin, on peut établir quelques sous-catégories au sein du financement participatif par dons : il peut y avoir une contrepartie, ou non, et cette contrepartie peut être constituée de n’importe quoi, y compris d’une part du capital de l’entreprise soutenue.

La deuxième sorte de financement participatif prend la forme de prêts, qui sont donc remboursés avec un intérêt, contrairement aux dons. Elle permet d’une part à des entreprises que les banques ne veulent pas financer d’accéder à des fonds, et d’autre part elle offre des possibilités d’épargnes supplémentaires, avec moins d’intermédiaires, et plus de transparence. Alors que cette forme de financement participatif est moins connue du grand public, elle est de loin la plus importante en termes de fonds levés. Parmi les plateformes jouant sur ce tableau du crowdfunding, on trouve notamment Lending Club et OnDeck aux Etats-Unis, et Prêt d’Union en France.

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Le crowdfunding en plein essor

Aux Etats-Unis comme en Europe mais aussi en Asie, le financement participatif est en plein essor. En 2014, 9,46 milliards d’euros ont été levés grâce au crowdfunding aux Etats-Unis, contre 3,4 milliards d’euros en Asie et 2,9 milliards d’euros en Europe. Ces chiffres sont très faibles en comparaison des levées de fonds via des moyens de financement plus traditionnels tels que les marchés financiers ou les emprunts bancaires, mais leur progression rapide montre qu’ils ont un rôle important à jouer.

En effet, entre 2013 et 2014, le volume de fonds levés grâce au financement participatif en Europe a été multiplié par 2,5. L’Europe est toutefois dans une situation assez singulière, dans la mesure où sur 2,9 milliards d’euros levés en crowdfunding en 2014, 2,3 milliards l’ont été au Royaume-Unis, soit près de 75% du total européen. La France est deuxième du classement Européen (253 millions d’euros), suivit par l’Allemagne (236 millions) et la Suède (107 millions).

graphiqueeuropeLe record mondial (et de loin) est Star Citizen, un jeu vidéo encore en développement, et qui est parvenu à lever près de 83 millions de dollars auprès d’environ 900 000 personnes. Outre ces données financières, l’intérêt du public pour le crowdfunding est également de plus en plus manifeste, comme le montre le graphique suivant montrant l’évolution des recherches pour « crowdfunding » depuis 2009 :

recherchesgoogle

Le financement participatif peut-il remplacer la finance traditionnelle ?

Les sources de financement traditionnelles ne prennent pas en compte le bénéfice social d’un projet, mais se concentrent sur des éléments tangibles et facilement mesurables : principalement des mesures financières. Le crowdfunding a une qualité très particulière : il permet de financer des projets qui ont une forte utilité sociale, mais une faible rentabilité financière.

Dans cette mesure, le crowdfunding est complémentaire de la finance de marché et de la banque : il permet de financer d’autres projets ayant des buts différents, mais sans pour autant se substituer à ses aînés. Le financement participatif aurait d’ailleurs bien du mal à remplacer les banques et les bourses : d’une part, les investisseurs institutionnels n’ont pas particulièrement d’intérêts à se diriger vers de telles plateformes, mais surtout, ces dernières ont un coût très élevé pour ceux qui recherchent des fonds.

En effet, la plupart des entreprises et des personnes qui se tournent vers ce type de financement alternatif ont déjà été rejetées par les banques : ces dernières estimaient qu’il était trop risqué de leur prêter de l’argent. Par conséquent, pour compenser le risque que prennent les investisseurs sur les plateformes de prêt peer-to-peer, les taux d’intérêt sont très élevés : ils vont jusqu’à 29% pour les particuliers et 99% pour les professionnels chez Lending Club. En comparaison des taux proposés par les banques et sur les marchés financiers, le choix est vite fait pour une entreprise qui a accès aux deux solutions.

lendingclub

Le crowdfunding est donc à la fois bénéfique, et un outil formidable qui permet d’améliorer le bien-être social en comblant certaines lacunes de la finance traditionnelle. Mais les entreprises continueront toujours à se servir des solutions proposées par les marchés financiers et les banques avant de se tourner vers le financement participatif, bien plus onéreux.

Une combinaison des deux peut être très intéressante : le crowdfunding permet de fédérer des communautés, comme l’ont montré Valve avec le Compendium du tournoi de Dota « The International », ou encore Timo Vuorensola qui s’est savamment servi du crowdfunding pour financer en partie Iron Sky, mais surtout pour créer une communauté soudée sur son site internet wreckamovie.

 

Cet article a été rédigé pour Cowcotland et peut être retrouvé à l’adresse suivante : http://www.cowcotland.com/news/47807/cowcot-entreprises-crowdfunding-relais-finance-traditionnelle.html

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