Orange souhaite se séparer d’une partie de Dailymotion, société qu’elle détient aujourd’hui en totalité, et est à ce titre entrée en négociation avec différents repreneurs potentiels. Mais alors qu’Orange s’apprêtait à faire un pas de plus en direction de PCCW, un groupe chinois proposant de racheter 49% de Dailymotion, une intervention du ministre de l’économie Emmanuel Macron est venue refroidir l’atmosphère.

Dailymotion

Pourquoi se séparer de Dailymotion ?

Il y a un peu plus d’un mois, on apprenait que Youtube n’était pas rentable, malgré son milliard de visiteurs par mois. Il est donc très vraisemblable qu’il en aille de même pour Dailymotion, qui peine à concurrencer le géant américain, avec « seulement » 128 millions de visiteurs par mois.

Orange recherche donc un partenaire pour investir dans une entreprise qui ne parvient pas à être rentable, mais qui constitue un outil très précieux : de même que Google trouve son compte dans Youtube qui ne lui rapporte pourtant aucun profit, d’autres géants des médias pourraient être intéressés par une plateforme d’hébergement de vidéos disposant déjà d’une audience développée, particulièrement en Europe.

C’est dans cette optique qu’Orange et PCCW sont entrés en contact. PCCW est un groupe chinois opérant dans différents domaines : les médias, la production de films et musiques et leur diffusion, les télécommunications, mais aussi l’externalisation des processus métiers et d’autres activités de conseil.

PCCWCe groupe a déjà montré son intérêt pour l’Europe en acquérant deux opérateurs mobiles britanniques, O2 et Three Mobile. Ce partenaire présente un attrait majeur pour Orange : il lui permettrait en effet de développer considérablement la plateforme de vidéos en Asie, région qui représente un potentiel de croissance formidable, en particulier en Chine où Youtube n’est pas accessible. Mais PCCW ne négligerait pas non plus les opérations de Dailymotion en Europe, car il cherche également à se développer hors de l’Asie.

Pourquoi l’Etat intervient-il ?

L’Etat est propriétaire d’environ 25% de Dailymotion : en partie via des participations directe, et d’autre part via Bpifrance, organisme créé en 2012 et chargé de soutenir et financer le développement des entreprises françaises.

L’Etat et Bpifrance sont les seuls actionnaires d’Orange à détenir plus de 5% du capital de l’entreprise. Comme le note le précédent rapport annuel, cela permet en pratique à l’Etat français de « déterminer l’issue du vote des actionnaires sur les questions requérant une majorité simple », étant donné le faible taux de participation et l’extrême dilution des droits de votes parmi les autres actionnaires.

Bpifrance

Emmanuel Macron est donc intervenu légitimement, afin d’empêcher qu’Orange ne s’engage trop avec PCCW, mais examine également d’autres solutions. Sur le principe, cela pourrait conduire à des enchères de différents partenaires potentiels, permettant d’augmenter le montant de la transaction que recevra Orange. Toutefois, ce jeu est également risqué, dans la mesure où il risque de décourager des investisseurs étrangers. Si l’idée d’un champion européen est plaisante, à l’ère des nouvelles technologies, le terrain de jeu est planétaire et non plus national ou continental. En d’autres termes, une intervention trop marqué de l’exécutif français pourrait faire plus de mal que de bien à Dailymotion.

Y-a-t’il d’autres solutions viables ?

Plusieurs alternatives sont évoquées par Le Monde. On parle notamment de français tels que Fimalac et Vivendi ou de groupes allemands, au rang desquels Alex Springer et Bertelsmann. Fimalac semble être le groupe ayant le plus grand intérêt à se rapprocher de Dailymotion, en plus de ses moyens financiers élevés et un historique marqué de croissance externe par des acquisitions.

Webedia

Investir dans Dailymotion permettrait en effet au groupe de développer une très forte synergie entre tous ses services et la plateforme de vidéos : Fimalac détient Webedia, qui possède elle-même des sites internet tels que Allociné, purepeople, 750g, jeuxvideos.com ou encore millenium.org. Tous ces sites produisent des contenus vidéo, qui sont toutefois publiés sur des plateformes différentes : que ce soit sur Youtube (pour 750g par exemple), Dailymotion (pour Millenium) ou encore sur leur propre site (comme Allociné).

Acquérir 49% de Dailymotion fait dès lors sens pour Fimalac/Webedia : cela permettrait d’uniformiser les pratiques des différents sites du groupe, et ainsi de simplifier leur utilisation et leur exploitation, mais également de faciliter les négociations avec les annonceurs, et ainsi d’augmenter les revenus de chacun des sites de Webedia.

Si Orange venait à se raviser quant à son potentiel partenaire asiatique PCCW, il y a donc de fortes chances que Fimalac se saisisse de l’occasion en s’associant à l’opérateur historique.

 

UPDATE: les Echos nous donnent ce matin (7 avril 2015) des nouvelles sur Dailymotion : il semble que Vivendi, qui a cédé SFR à Altice il y a quelques mois, serait bel et bien intéressé par Dailymotion, et souhaiterait racheter la totalité de l’entreprise pour un total de 250 millions d’euros. Le chinois PCCW a lui jeté l’éponge face à l’hostilité du ministre français de l’économie, un scénario que nous craignions dans notre article original.

 

Cet article a été rédigé pour Cowcotland et peut être retrouvé à l'adresse suivante : http://www.cowcotland.com/news/47126/cowcot-entreprises-dailymotion-recherche-repreneur-parfait.html

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