Alibaba est un géant de l’internet méconnu en Occident. Ce groupe chinois se concentre en effet principalement sur son marché historique, et détient une part de marché de 90% de la vente en ligne dans l’Empire du Milieu, ce qui suffit à faire de lui l’une des plus grosses plateformes de commerce en ligne. Mais les activités d’Alibaba ne s’arrêtent pas là : téléphonie mobile, cloud computing, moteur de recherche…

Alibaba, géant venu de l'Orient
Alibaba, géant venu de l'Orient

Le 19 septembre 2014, la société a été introduite en bourse à New York, sur le NYSE (New York Standard Exchange), et est parvenu à lever plus de 25 milliards d’euros. Sa capitalisation boursière de 250 milliards de dollars en fait l’une des plus grosses entreprises du monde, devant Facebook par exemple (209mm$).

Ce succès colossal a été un véritable tour de force de la part des dirigeants de cette société, car des lois chinoises interdisent aux étrangers de détenir des actions de sociétés chinoises opérant dans certains secteurs, dont Internet : il aurait été impossible pour un américain d’acheter directement des actions d’Alibaba en Chine.

Il faut donc trouver une astuce pour contourner cette interdiction qui freine le développement des sociétés chinoises, et la parade utilisée par près de la moitié des sociétés chinoises côtées outre-atlantique a aussi été déployée par Alibaba.

En voilà le schéma :

structurealibaba

 

 

Le groupe qui va être côté sur la bourse américaine (ici le NYSE), est  une holding située aux Îles Cayman (où il n’y a pas d’impôts sur les sociétés). Cette société détient via des filiales des « WFOE », ou « Wholly Foreign Owned Entreprises » : des sociétés détenues intégralement par des investisseurs étrangers, et qui ne peuvent donc pas obtenir certaines licences et opérer dans certains domaines en Chine.

Ces WFOE, chacune correspondant à l’une des activités d’Alibaba, passe un contrat avec une VIE (« Variable Interest Entity »), qui appartient aux fondateurs d’Alibaba, Jack Ma et Simon Xie. Ces VIE sont donc détenues et dirigées par des citoyens chinois, ce qui leur permet de ne pas être soumises aux mêmes restrictions que les WFOE. Elles détiennent ainsi les licences d’activité.

 

Une structure risquée pour les actionnaires

Mais que représentent donc les actions achetées par les investisseurs sur la bourse américaine ? Elles ne sont pas des titres de propriété des réelles activités du groupe, puisque les VIE ne sont liées aux WFOE que par des contrats. Ces contrats permettent de faire remonter les profits des VIE dans les WFOE, et rendent les WFOE solidaires des dettes des VIE.

Jack Ma et Simon Xie sont hors d’atteinte des investisseurs américains : ils ne sont pas employés par les actionnaires, contrairement aux autres dirigeants d’entreprises, mais ne sont liés à eux que par un contrat. Cela est très contraignant pour les actionnaires, car une action est censée être un titre de propriété, et donne la plupart du temps droit à un vote pour participer à la direction de l’entreprise : ici, ce n’est pas le cas, et Jack Ma a clairement fait comprendre que les préoccupations des actionnaires n’étaient pas ses priorités : « Les clients d’abord, les employés ensuite, et enfin les actionnaires. » Les « actions » d’Alibaba n’offrent par conséquent qu’un droit à une part du profit que produit Alibaba, mais aucun droit de regard ou d’influence sur la stratégie du groupe.

Le montage utilisant les VIE n’est pas sans risques et soulève des incertitudes : le ministère du commerce chinois donne ainsi des signaux contradictoires, considérant tantôt les VIE comme un contournement de la législation en place, tantôt comme une opportunité pour les entreprises chinoises.

Il y a en réalité trois principaux risques pour les actionnaires d’Alibaba :

  • Ils n’ont aucun contrôle sur la stratégie du groupe.
  • Si les contrats entre WFOE et VIE sont annulés par décision de justice chinoise, ils se retrouveront avec des entreprises ne pouvant pas exercer leur activité et donc sans valeur
  • Les VIE elles-mêmes pourraient être jugées illégales, laissant les actionnaires avec une coquille vide. Le ministère du commerce chinois donne en effet des signaux contradictoires, considérant tantôt les VIE comme un contournement de la législation en place, tantôt comme une opportunité pour les entreprises chinoises. Il vaudrait donc mieux que la balance ne penche pas du mauvais côté.

La plus grosse introduction en bourse jamais réalisée repose donc sur des fondations extrêmement fragiles, mais les perspectives de croissance d’Alibaba ont effacé ces préoccupations. L’entreprise qui a une quinzaine d’année connait en effet une croissance impressionnante dans tous les domaines où elle opère : ses revendeurs en ligne affichent des croissances du chiffre d’affaire sur un an de plus de 30%, et l’activité de téléphonie mobile a augmenté de près de 1000% depuis un an. L’avenir s’annonce donc radieux pour Alibaba et pour son dirigeant et fondateur Jack Ma.

 

Cet article a été rédigé pour Cowcotland et peut être retrouvé à l’adresse suivante : http://www.cowcotland.com/news/44710/alibaba-cache-t-il-derriere-grosse-introduction-boursiere.html

 

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