La Banque Populaire de Chine (PBOC), la banque centrale chinoise, a procédé mardi 11 août à une dévaluation du Yuan (aussi appellé "Renminbi"). Le Yuan a ainsi perdu 1,9% face au dollar. Les analystes sont très partagés sur l'interprétation de cette dévaluation : certains y voient le début d'une guerre des monnaies, et d'autres considèrent que la Chine est en fait en train de permettre au cours de flotter plus librement.

yuan déval

Une guerre des monnaies en vue ?

Le Produit Interieur Brut (PIB) Chinois augmente de moins en moins rapidement depuis plusieurs années. Sur le premier semestre 2015, sa croissance officielle est de 7,4% en termes nominaux (avant prise en compte de l'inflation). Mais ce chiffre a été vivement contesté, et de nombreux économistes ont tenté de démontrer que la croissance chinoise est en réalité bien plus faible. Quand bien même ce chiffre serait exact, il suffit à montrer une chose : la croissance chinoise s'emble s'essoufler.

En outre, les marchés financiers chinois ont connu deux mois très mouvementés depuis mi-juin. Alors que le gouvernement s'appliquait à vanter l'efficacité de sa politique économique, matérialisée par la hausse exponentielle des cours boursiers, les bourses de Shanghai et Shenzhen ont été violemment malmenées cet été.

Il y a donc de nombreuses incitations pour le gouvernement autoritaire chinois de prendre des mesures draconniennes, y compris sur le plan monétaire. Une dévaluation du Yuan est clairement une bonne chose pour l'économie chinoise, dans la mesure où cela va donner un sursaut aux exportations en les rendant moins chères pour les acquéreurs étrangers.

Le risque est donc que les autres partenaires de la Chine réagissent, et qu'une surrenchère s'engage, chacun cherchant à manipuler le cours de sa monnaie pour en tirer un avantage commercial.

Vers une flottation plus forte du cours du Renminbi ?

Mais l'argument commercial n'est pas le seul à prendre en cours. Il nous faut en effet revenir à la manière dont cette dépréciation du Yuan a été provoquée : tous les matins, avant l'ouverture des marchés permettant d'échanger des Yuan, la Banque Populaire de Chine fixe un taux de change, le "daily fix", et les traders sont autorisés à acheter et vendre des Yuan dans la limite de plus ou moins 2% de ce taux.

Hier, la PBOC a changé sa manière de calculer ce taux fixé tous les jours, menant à une dépréciation du Yuan, puisque le taux fixé était bien plus faible que sur les séances précédentes. Ce changement a été salué par certains économistes, qui considèrent qu'il s'agit d'une libéralisation plus avancée du cours du Yuan, puisque les acheteurs et vendeurs de Yuan vont à présent avoir une influence plus forte sur le cours de la monnaie chinoise.

Quel verdict pour le Yuan ?

Au final, il est très dur de savoir quel camps a raison, mais nous aurons très prochainement la réponse en observant si le changement de méthode de la Chine est effectivement une intervention unique, ou si elle appelle d'autres interventions à l'avenir. Cela aura un impact très significatif sur la décision à venir du FMI d'intégrer ou non le Yuan aux Droits de Tirage Spéciaux (DTS), ces unités de réserve internationales émises par le Fonds.

Notons également que cette dépréciation du Yuan est tout à fait cohérente avec l'évolution des marchés financiers et des fondamentaux économiques chinois. Le véritable test pour le Yuan et la Banque Populaire de Chine sera de voir ce qu'il se passera lorsque l'évolution du Yuan ne correspondra pas à la volonté politique du Parti Communiste...

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