Bruxelles - Les nouvelles régulations en matière d’hébergement touristique dans la capitale belge, loin d’avoir les effets escomptés, vont contribuer au ralentissement de l’activité économique de la ville. L’ordonnance du 8 mai 2014 ne pourrait entrer en application à un pire moment.

Airbnb, société américaine désormais solidement implantée partout en Europe, est également de plus en plus utilisée par les particuliers en Belgique. La plate-forme aurait en effet enregistré un taux de croissance de plus de 100% au cours de l’année précédente dans notre pays, et compterait plus de 4.000 logements actifs à Bruxelles.

L’ordonnance du 8 mai 2014, dont l’arrêté a été approuvé par le gouvernement bruxellois le 16 juillet 2015, prend des mesures d’encadrement du secteur du logement touristique que l’on peut considérer comme excessives étant donnée la conjoncture à laquelle est confrontée la capitale européenne. Les logements mis à disposition sur Airbnb devront désormais être déclarés et enregistrés auprès de l’administration régionale et répondre à des normes de sécurité exigeantes. L’exploitant devra disposer d’assurances supplémentaires, et la procédure sera rendue plus complexe dans le cadre d’une copropriété. Il ne manque plus que la signature d'un contrat de bail soit obligatoire dans ce genre de contexte... En somme, le particulier sera découragé à mettre son logement sur Airbnb.

L’expansion d’Airbnb est trop souvent présentée comme étant en concurrence directe avec l’activité hôtelière, et conduit donc à des mesures législatives inappropriées. Suite aux attentats de Bruxelles, il est déplacé d’aller vers plus de régulation de ce type de plates-formes de l’économie collaborative, du moins sur le moyen terme.

En effet, il convient de segmenter la population touristique en plusieurs catégories afin d’adopter les mesures pouvant bénéficier le plus largement possible à la ville en cette période de crise : Airbnb peut fournir à certains touristes des prix attractifs dans certains logements de la capitale, et agir ainsi comme une incitation à séjourner à Bruxelles malgré les temps troublés que traverse la capitale.

Car c’est l’activité économique et touristique de la ville dans son ensemble qui est affectée par la situation présente. Toute mesure législative actuelle doit donc prendre en compte la situation de l’ensemble du tissu économique de la ville. Plus de touristes, peu importe où ceux-ci logent, signifie plus de retombées économiques positives pour la capitale pour les autres activités du secteur touristique. Pensons notamment aux restaurateurs, qui se plaignent avec de plus en plus de véhémence de la conjoncture, et ne dissocions pas les problèmes comme s’ils pouvaient l’être de manière aussi simpliste.

Airbnb n’affecte que modérément le secteur de l’hôtellerie

Certes les hôtels sont affectés par l’offre attrayante de l’entreprise américaine, mais de manière non uniforme, et sans doute beaucoup moins que le laissent souvent supposer les articles à ce sujet. En effet, de manière générale, il est estimé que plus de 75% des logements disponibles sur Airbnb ne se situent pas dans les zones concernées par l’activité  hôtelière de forte intensité, ce qui différencie plus encore l’offre de la plate-forme de celle des hôtels d’une ville donnée.

Ainsi, une étude de l’université de Boston a démontré qu’à Austin, au Texas, chaque augmentation de 10% de la taille du marché du Airbnb a entraîné une baisse de seulement 0,37% du revenu des hôtels de la ville. La croissance exponentielle d’Airbnb dans à Austin a certes eu pour conséquence une baisse du revenu global des hôtels de 8 à 10%, mais cette diminution s’est étalée sur une période de 5 ans, laissant le temps au secteur de l’hôtellerie de s’adapter à cette nouvelle concurrence de diverses manières. Cette baisse des revenus de l’hôtellerie s’est également avérée non uniforme, fortement affectée par le caractère saisonnier de l’activité ainsi que par la nature des hôtels concernés. En effet, les établissements bas de gamme ont globalement été plus touchés par le phénomène Airbnb que les hôtels de plus haute qualité.

L’entrée en vigueur de l’ordonnance du 8 mai 2014 à Bruxelles ne pourrait pas arriver à un pire moment. La “concurrence plus loyale” qu’elle est supposée apporter entre les hôtels et les logements touristiques collaboratifs, selon le ministre-président Rudi Vervoort (PS), constitue un angle biaisé d’appréhension de la réforme. Il ne s’agit pas, à l’heure actuelle, de réguler plus férocement, mais au contraire de stimuler l’activité de toutes les façons possibles.

 

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