Lors du Sommet européen ayant eu lieu à Bruxelles le 12 juillet dernier, les conditions nécessaires afin que les créditeurs européens s’engagent à contribuer à une nouvelle enveloppe d’aide à destination de la Grèce étaient établies a minima au sein des institutions européennes. Depuis lors, le document émis par le Conseil de l’UE et définissant les mesures antérieures à toute négociation afin de débloquer un plan d’aide à hauteur de 86 milliards devant être mises en place par la Grèce d’euros a été ratifié par une une majorité du Parlement grec. Un ensemble de mesures prioritaires devant être mises en place ont donc ainsi fait l’objet d’un accord entre l’Etat déficitaire et l’ensemble de l’Union, sur la base d’un agenda de réformes strict et resserré, visant à rétablir jusqu’à un certain degré la confiance du marché dans les capacités de remboursement de la Grèce, et ce en s’assurant que le pays soit apte à faire face au remboursement de sa dette auprès de la BCE devant avoir lieu le 20 août. La date est cruciale pour les autorités grecques, qui doivent d’ici là faire preuve de leur capacité de réforme afin de satisfaire leurs partenaires et de montrer leur volonté de changer le fonctionnement de l’administration nationale. Pour ce faire, le gouvernement grec s’est  engagé à une coupe budgétaire de 12 milliards d’euros ainsi qu’à une hausse générale des taxes. Le Conseil parle de la nécessité d’un « rétablissement de la confiance » (Eurosummit, 12/07/2015) entre la Grèce et ses créanciers européens.

Le potentiel accord financier et les mesures demandées:

Avant de garantir la moindre aide financière future, au-delà des 900 millions d’euros libérés récemment par la BCE afin de permettre la réouverture des banques grecques le 20 juillet, avec un plafond de prélèvement toutefois encore fixé à 420 euros par semaine, les institutions européennes demandent à la Grèce une optimisation du système de la TVA et un élargissement de la base imposable afin d’augmenter les revenus de l’Etat, un changement radical du système de pension, ainsi que la garantie de la pleine et entière indépendance légale de l’ELSTAT (Hellenic Statistical Authority). Mais plus encore, ce sont aussi des réformes radicales du système judiciaire grec, afin d’en accélérer le fonctionnement et d’en réduire les coûts, qui sont exigées par les partenaires de la zone euro. Des mesures de privatisation de certains secteurs de l’économie, tels que celui de la production d’électricité, sont également demandées, ainsi que des réformes du marché du travail visant à stimuler la croissance. L’Europe demande à la Grèce de suivre à la lettre un agenda de réformes extrêmement précis et quantifié, devant aider à l’avenir à la prise de décision et à l’estimation des futures mesures à prendre.

Les conditions imposées par les créditeurs traduisent une confiance affaiblie:

Surveillance sur le terrainde la mise en place des réformes, modification du système judiciaire, transparence réclamée dans la nomination des futurs dirigeants des banques nationales afin d’éviter toute interférence politique, indépendance protégée et renforcée de l’ELSTAT, mesures de  modernisation, de renforcement et de « dépolitisation de l’administration grecque », programme de privatisation dont les fonds dégagés seront contrôlés et assignés à la réduction du ratio de dette/PIB (50%) ainsi qu’à des investissements nationaux visant à rétablir la croissance (50%): ces mesures, définies a minima, traduisent la confiance extrêmement limitée qu’accordent les institutions européennes au gouvernement Tsipras suite au référendum national organisé sans prévenir, il y a peu, et ayant menacé la stabilité déjà incertaine de la zone euro. Avant de commencer les négociations sur la nouvelle enveloppe que pourrait se voir accorder la Grèce, les créditeurs européens veulent s’assurer d’un véritable et durable mouvement de réforme dans le pays.

Paradoxe politique: Syriza affaiblie, Tsipras renforcé:

Des élections anticipées pourraient être organisées en Grèce en novembre, mais une majorité de la population grecque s’accorde pour dire que Tsipras s’est battu fidèlement afin de défendre les intérêts de la population, contrairement à ce que peuvent lui reprocher ses opposants politiques, dont 40% des membres de Syriza eux-mêmes. En effet, suite au sommet du 12 juillet dernier, 149 membres du Parlement, dont 42 appartenant à Syriza, votaient contre les demandes du Conseil de l’UE. Parmi ceux-ci, l’ancien ministre des finances, Yanis Varoufakis, ne s’est pas empêcher de comparer les présentes mesures à celles imposées en 1919 à l’Allemagne par le Traité de Versailles. Ce vote a donc permis au premier ministre grec de se départir de la frange d'extrême-gauche de son parti. Tsipras sort donc paradoxalement renforcé des deux dernières semaines, avec un taux d’approbation par la population grecque de 60%, révélé par un récent sondage, accordant donc au premier ministre grec quelques 10 points d’avance sur n’importe lequel de ses rivaux potentiels. 

FMI, BCE, Etats membres: orchestre macroéconomique aux tendances cacophoniques:

Le 17 juillet, le Bundestag allemand votait en faveur de la poursuite des négociations avec la Grèce. Le 20 juillet, lors d’une conférence de presse, Gerry Rice annonçait que le FMI avait bel et bien été remboursé par l’Etat grec et que le Fond était prêt à continuer à assister le pays en échange d’efforts maintenus allant dans le sens de la stabilité et de la croissance. Cependant, le 14 juillet, Christine Lagarde, se basant sur un rapport publié le jour même par le FMI, avait affirmé que la situation grecque allait nécessiter des mesures d’effacement de la dette bien plus importantes que ce que les Etats membres de la zone euro s’avéraient aujourd’hui prêts à envisager. En effet, le FMI appelle la zone euro  accorder une période de trente ans de liberté avant que la Grèce n’ait à commencer le remboursement de sa dette. Le FMI a récemment également revu à la hausse le ratio de dette/PIB de l’Etat grec pour les années 2020 et 2022 (respectivement de 177% et 170%, dans un scénario aux conditions encore relativement optimistes). Angela Merkel, face à cette position du FMI, insiste sur le fait que la restructuration de la dette grecque ne se fera que par ajournement de la maturité de celle-ci, et non par effacement pur et simple. Mario Draghi, président de la BCE, affirmait quant à lui qu’il paraissait désormais évident qu’un effacement de la dette était nécessaire jusqu’à un certain degré. Reste à voir comment ces voix d’importance parviendront à s’harmoniser dans les jours et les semaines à venir.

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